samedi 24 septembre 2016

L'art capable de ressusciter la vie est capable de s'élever contre la Barbarie

L'art capable de s'élever contre la Barbarie de notre époque sera l'art véritable de tous les temps, l'art véritable de toutes les civilisations et de tous les peuples, l'art qui vient de l'Esprit et qui en nous touche l'esprit, l'art qui vient du coeur et qui en nous va droit au coeur, l'art qui vient de la Vie et qui en nous touche la vie, nous donnant le désir de la connaître, de la recevoir, de l'aimer et de la donner aux autres, au lieu de l'ignorer, de la haïr et de la nier.
C'est à cet art et aux artistes qui l'ont fait que je ne cesse de rendre grâce par des textes sur ce blog Attention, l'art peut ressusciter la vie ! et sur notre autre site du même nom, par des oeuvres.



Notre musée imaginaire prend forme ici ; Attention, l'art peut ressusciter la vie ! 
Rappelons toutefois que les images d'oeuvres d'art ne sont pas des oeuvres d'art
et qu'il s'agit toujours de rencontrer les oeuvres en personne.










vendredi 19 août 2016

Tempête sur Nogales

Grâce à Thierry Berlanda



Les éditions NL sortent Tempête sur Nogalès en deuxième édition, avec une nouvelle couverture.
L'occasion m'est ainsi donnée de ressortir cette note où je disais tout le bien que je pensais de ce roman.

 
Présentation de l'éditeur 
Sur la route de Tombstone à Nogales, à la frontière entre l’Arizona et le Mexique, 
sous un soleil de fonte, une tempête se prépare. Tempête de sable, de vent, de souvenirs. 
Avec dans la ligne de mire le snack de Jess, planté au mile 88, en plein désert. 
Et tous, sans exception, aussi bien Dennewich – l’odieux patron du cabaret à filles –, 
que les chauffeurs de la compagnie de trucks locale et que la population entière s’agitent 
de plus en plus à mesure qu’approche avec la tempête une Pontiac noire, tel un funeste présage.  Pour quelle raison ce mystérieux attelage terrorise-t-il Jess, ange blond à la voix 
de chanteuse Black et au passé enfoui ? Le gosse – un pauvre type éperdument 
amoureux d’elle – et son vieux pote Holly, seront-ils de taille à la protéger ?  
À moins que la belle ne préfère l’aide de Cooper, un nouveau chauffeur qui ne la laisse pas indifférente. Les âmes égarées ont-elles droit à une seconde chance, ou dans cette arène aux allures  de tombeau ouvert, la poussière doit-elle nécessairement retourner à la poussière ?




Tempête sur Nogales, de Thierry Berlanda, est comme ses romans suivants, L'insigne du boiteux et la Fureur du Prince, parfaitement ciselé et réglé comme une machine infernale. Page après page, la pression et la température montent en puissance exactement comme dans un désert chauffé à blanc monte une tempête que nulle force humaine ne peut arrêter. 
Vous serez emporté dans les tourbillons de cette langue mutante et inouïe qu'invente Berlanda, une langue que doivent parler les humains parvenus aux portes de l'enfer, des vivants qui survivent sans plus savoir ni pourquoi ni comment et qui demeurent pourtant jetés là, comme suspendus à la beauté hypnotique d'un ange trompeur, alors que monte à l’horizon l’inéluctable catastrophe.
Les romans véritables ne sont pas ceux qui se contentent de nous divertir un moment pour nous faire oublier la vie que nous menons, quitte à nous faire trembler de peur pour y parvenir, mais ceux qui, tout au contraire, nous pénètrent, nous habitent, nous travaillent, ceux qui, reprenant vie en nous, sondent nos couches profondes pour les retourner vers un sursaut, un regain de vie, ceux qui comme des tempêtes au dedans libèrent en nous des horizons dégagés et des cieux nouveaux.
Tempête sur Nogales est un tel roman, une oeuvre de la vie pour la vie, une oeuvre d'art.




Les premières lignes du roman : 

Entre Tombstone et Nogales, c’est un coup de soleil de mille ans. Dôme de feu. 
Nœuds de poussière où l’air s’étrangle, paquets de rocs affilés par le vent et 
lézards en plein twist. Vous secouez le tableau dans tous les sens, ça ne change rien. 
Ici, n’importe quoi égale tout le reste. Vous pouvez rouler 87 miles sans voir que sable et ciel. 
Sable un peu bleu,  ciel un peu jaune... 

mardi 16 août 2016

Le Oui qui donne la Vie


Grâce à toi Marie Mère de Dieu

Quand par Marie s'est révélée à tous les hommes la source de la vie,
quand cette source s'est révélée être la Vie en Personne, la Vie éternelle, la Vie absolue qui par amour s'incarne en Marie et en son fils Jésus comme elle s'incarne en chaque personne humaine, si alors, ami, avec Marie tu dis oui à la Vie en Personne, si tu dis oui au Père, au Fils et à leur amour pour toi, un Amour dont le Nom est l'Esprit-Saint, si tu l'accueilles et l'aimes en toi et en tous, alors tu connaîtras la Joie véritable de la seconde naissance dans la Vie qui ne meurt pas, tu seras délivré du monde, du temps, de la peur et de la mort, tu seras comme Marie épousé par la Vie éternelle et élevé au Ciel où tes Noces seront célébrées avec la Vie. Alors toi aussi, comme les anges, les saints, les poètes, les peintres, comme tous les enfants de Dieu, tu n'auras de cesse de chanter ta joie et de la faire connaître à tous par tes louanges, tes oeuvres, tes actions et tes chants.   


TROISIEME DISCOURS SUR LA DORMITION DE LA TOUTE SAINTE MERE DE DIEU

par 

Saint Jean de Damas
 

1. La coutume de ceux qui brûlent d'amour pour un objet, est d'avoir son nom toujours dans la bouche et de se le représenter en esprit nuit et jour. Que nul ne me reproche donc, si après les deux précédents je prononce ce troisième panégyrique de la Mère de mon Dieu, comme une offrande en l'honneur de son départ non pour lui faire une grâce, mais pour servir, à moi-même et à vous ici présents, divine et sainte assemblée, un mets utile à nos âmes et salutaire, comme le veut cette nuit sacrée, et pour satisfaire notre goût spirituel.  Nous souffrons tout à coup, vous le voyez, d'une pénurie d'aliments. Aussi j'improvise le repas ; s'il n'est point somptueux, ni digne de celle qui nous invite, puisse-t-il à tout le moins calmer notre faim ! Car elle n'a nul besoin de nos éloges, mais c'est nous qui avons besoin de la gloire qui vient d’elle ( Rm 3,23 ). 
L'être qui est glorifié, quelle gloire peut-il recevoir encore ? La source de la lumière, comment serait-elle illuminée ? Mais ce faisant, c'est pour nous-mêmes que nous tressons une couronne. « Je suis vivant, dit le Seigneur, et je glorifierai ceux qui me glorifient (2S 2,30 ). »
Sans doute le vin est agréable, il est une boisson délicieuse, et le pain est un aliment nourrissant : l'un réjouit, l’autre fortifie le coeur de l'homme (Ps 104,15 ). Mais qu'y a-t-il de plus suave que la Mère de mon Dieu? Elle a captivé mon esprit, elle règne sur ma langue, jour et nuit son image m'est présente.Elle, la Mère de la Parole, me fournit aussi de quoi parler. Fille d'une mère stérile, elle rend fécondes les âmes stériles. Voilà celle dont nous fêtons la sainte et divine translation aujourd’hui!

Le Christ a attiré vers lui sa mère. Accourez-donc, et gravissons la montagne mystique ! Après avoir délaissé les images de la vie présente et de la matière, et pénétré la ténèbre divine et incompréhensible, une fois établis dans la lumière de Dieu, célébrons la puissance infinie. Par quel mystère, celui qui de sa hauteur sur-essentielle, immatérielle et transcendante, est descendu, sans quitter le sein du Père, dans le sein virginal, pour être conçu et s’incarner ; celui qui à travers les souffrances marche volontairement à la mort, et qui, avec son corps né de la terre ayant gagné par sa mort l'immortalité, est retourné au Père ; par quel mystère a-t-il attiré vers son Père sa mère selon la chair ? Elle qui fut vraiment un ciel sur la terre, comment l'a-t-il élevée jusqu'à la terre du ciel (Ex 24,9 Ex 24,18 ) ? Celle qui fit l‘union du ciel et de la terre est remontée au ciel.



Sur l'icône de la Dormition de la Mère de Dieu, c'est le Christ lui-même qui, descendu du ciel, vient chercher l'âme de sa mère figurée sous la forme d'un nouveau-né emmailloté de langes. Sur les images de la dormition d'un saint, c'est un ange qui est chargé de cette mission de pyschopompe.


2. Aujourd’hui, l'échelle spirituelle et vivante, par laquelle le Très-Haut est descendu pour se rendre visible et converser avec les hommes (Ba 3,38 ), est, par les degrés de la mort, remonté de la terre au ciel. Aujourd'hui la table terrestre, qui, sans qu'il y ait eu des noces, a porté le pain céleste de la vie et la braise de la divinité, de la terre fut enlevée aux cieux ; et pour la porte orientale, pour la porte de Dieu, les portes du ciel se sont surélevées ( Ez 44 Ps 24,7 Ps 24,9 ).
Aujourd’hui, de la Jérusalem terrestre la cité vivante de Dieu est ramenée vers « la Jérusalem d’en haut » ; celle qui avait conçu comme son premier-né et fils unique le Premier-né de toute créature et le Fils unique du Père, vient habiter dans « l'Eglise des premiers-nés( He 12,23 ) » ; « l'arche du Seigneur vivante et spirituelle est transportée dans le repos de son Fils »  (Ps132,8).
Les portes du Paradis s'ouvrent pour accueillir la terre productrice de Dieu, où germa l'arbre de la vie éternelle qui a effacé la désobéissance d'Eve et la mort infligée à Adam. C'est le Christ, cause de la vie universelle, qui reçoit la grotte creusée, la montagne non travaillée, d'où se détacha sans intervention humaine la pierre qui remplit la terre. Gloire de son tombeau.
Celle qui fut le lit nuptial où s'accomplit la divine Incarnation du Verbe, est venue reposer dans le tombeau plein de gloire comme dans une chambre de noces, et elle s'élève de là jusqu’à l'appartement des noces célestes, où elle règne en pleine lumière avec son Fils et son Dieu, après avoir légué son tombeau lui-même comme une couche nuptiale à ceux qui restent sur la terre.
Un lit nuptial, ce tombeau ? Oui, et le plus éclatant de tous ce n'est point par les reflets de l'or, la blancheur de l'argent, les feux des pierreries qu'il resplendit, ni par des fils de soie, ni pour être recouvert de broderies d'or et de tissus de pourpre, mais par la lumière divine, rayonnement de l’Esprit-Saint. Il procure, non l'union des corps aux époux de la terre, mais à ceux qu'enchaînent les liens de l'Esprit, la vie des âmes saintes, c'est-à-dire auprès de Dieu une condition meilleure et plus douce que toute autre. Ce tombeau est plus gracieux que l’Éden : pour ne pas redire ce qui s'est passe dans celui ci, la séduction de l'ennemi, son conseil amical, si j’ose ainsi parler, son fiel, sa tromperie, la faiblesse d'Eve, sa crédulité, l'appât doux et amer auquel son esprit se laissa prendre et par lequel elle surprit son époux, la désobéissance, le bannissement, la mort de peur que ce rappel ne fasse de notre fête un sujet de tristesse, je dirai que ce tombeau a élevé un corps mortel de la terre au ciel, tandis que le premier Eden, d'en haut a fait tomber notre ancêtre sur la terre. N'est-ce pas en lui que l'homme fait à l'image divine entendit cette condamnation : « Tu es terre, et tu retourneras en terre ( Gn 3,19 ) » ? Ce tombeau, plus précieux que l'ancien Tabernacle, a contenu le candélabre spirituel et vivant, brillant de la lumière divine, et la table porteuse de vie, qui reçut, non les pains d'offrande, mais le pain céleste, non le feu matériel, mais le feu sans matière de la divinité. Ce tombeau est plus fortuné que l’arche mosaïque, puisqu'il eut en heureux partage, non les ombres et les figures, mais la vérité même. Il accueillit l'urne pure comme l'or, productrice de la céleste manne ( Ex 16,33 Hb 9,4) ; la vivante table de pierre qui reçut la Parole, quand elle allait s'incarner par l'action de l'Esprit, doigt tout-puissant de Dieu, c'est-à-dire le Verbe subsistant; il accueillit l'autel d'or des parfums, je veux dire celle qui porta dans son sein la braise divine et embauma toute la création. Chant de victoire de 'Exode

3. Que s'enfuient les démons, que gémissent les Nestoriens trois fois misérables, comme autrefois les Egyptiens, avec leur chef le nouveau Pharaon, le cruel fléau et le tyran ! Car ils furent engloutis dans l'abîme du blasphème. Mais nous, les sauvés, qui avons passé à pied sec et franchi la mer salée de l'impiété, chantons à la Mère de Dieu le chant de l'Exode. « Que Miriam ( Marie)  qui est l'Église, prenne de ses mains le tambourin et entonne le chant festival ; que les jeunes filles de l'Israël spirituel sortent avec des tambourins et des choeurs ( Ex 15,20 )  en poussant des cris de joie !  Que les rois de la terre et les juges avec les princes, que jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants » ( Ps 148,11-12 ), célèbrent la Théotokos ! Que réunions et discours de toute forme, races et peuples dans la diversité de leurs langues composent «  un chant nouveau » ( Ps 40,4Ps 149,1 ) « Que l'air résonne des chalumeaux et des trompettes de l'Esprit, et inaugure par l'éclat de ses feux le jour du salut! Réjouissez-vous, cieux et que les nuées pleuvent ( Is 45)  l’allégresse ! Bondissez, béliers du troupeau élu de Dieu, divins apôtres qui, comme des montagnes élevées et sublimes, aspirez aux plus hautes contemplations ; et vous aussi, agneaux de Dieu, peuple saint, jeunes enfants de l'Eglise, tendus par votre désir comme des collines vers les hautes montagnes (ps 114) ! Mort et résurrection.

Hé quoi ? Elle est donc morte, la source de la vie, la Mère de mon Seigneur !
Oui, il fallait que l'être formé de la terre retournât à la terre, et par cette voie montât au ciel, en recevant de la terre,après lui avoir remis son corps, le don d'une vie parfaitement pure. Il fallait que, comme l'or, une fois rejeté le poids terrestre et opaque de la mortalité, la chair, devenue dans le creuset de la mort incorruptible et pure, revêtue de l'éclat de l'incorruption, ressuscitât du tombeau 1 Co 15, 49-55). Dans le concert de la louange universelle, la mère est réunie à son Fils.

4. Aujourd’hui commence pour elle une seconde existence, qu'elle reçoit de Celui qui la fit naître à la première, comme elle-même avait donné une seconde existence la vie corporelle à Celui dont l'existence première et éternelle n'eut pas de commencement dans le temps, bien que le Père en fût le principe, comme cause de sa vie divine. Réjouis-toi, Sion, montagne divine et sainte, où habitait l'autre montagne divine, celle qui est vivante, la nouvelle Béthel, où l'onction fut versée sur la stèle (Gn 28,18), où la nature humaine reçut l'onction de la divinité ! De toi, comme d'un jardin d'oliviers, son Fils s'est élevé vers les hauteurs célestes (Ps 68,18-19). Qu'une nuée se prépare, universelle et cosmique, et que les ailes des vents amènent les Apôtres des confins de la terre jusqu'à Sion !  Qui sont ceux-là, qui comme des nuées " et des aigles " volent ( Is 60,8 ) « vers le corps source de toute résurrection, pour servir la Mère de Dieu? " Quelle est celle-là qui monte, dans la fleur de sa blancheur » » toute belle » « brillante comme le soleil » ( Ct  8,5 Ct  4,7 Ct 6,10) "? Que chantent les cithares de l'Esprit, je veux dire les langues des Apôtres; que retentissent les cymbales, c'est-à-dire les plus éminents hérauts de la parole de Dieu ! Que ce vase d'élection, Hiérothée, consacré par l'Esprit divin, à qui l'union divine valut de souffrir et d'apprendre les réalités divines, soit tout ravi hors de son corps que transporté tout entier par sa ferveur, il fasse retentir la cadence de ses hymnes ! Que toutes les nations battent des mains (Ps 47, 2 ) que tous célèbrent la Théotokos ! Que les anges rendent un culte à un corps mortel ! Filles de Jérusalem, faites cortège derrière la Reine, et comme les vierges " ses compagnes ", dans la jeunesse de l'esprit, portez-vous avec elle vers l'époux pour la placer " à la droite " du Seigneur( Ps 45,15
Descends, descends, ô Souverain, viens payer à ta mère la dette qu'elle mérite pour t'avoir nourri ! Ouvre tes mains divines : reçois l'âme maternelle, toi qui sur la croix remis ton esprit entre les mains du Père. Adresse-lui un doux appel : Viens, ô belle, « ma bien aimée ( Ct 2,10 ) », par la beauté virginale plus que le soleil resplendissante ; tu m'as fait part de tes biens: viens, jouis avec moi de ce qui m'appartient. Approche, ô Mère, de ton Fils approche et partage la puissance royale avec Celui qui, né de toi, vécut avec toi dans la pauvreté ( Ps 45 ). Eloigne-toi, ô Souveraine, éloigne-toi ! Ce n'est plus l'ordre donné à Moïse : «  Monte et meurs... ( Dt  32,49-50 ) « Meurs plutôt, et élève-toi par cette mort même ! Remets ton âme aux mains de ton Fils, et rends àl a terre ce qui est de la terre: aussi bien cela même sera emporté avec toi. Levez les yeux, ô peuple de Dieu, levez les yeux ! Voici en Sion l'arche du Seigneur Dieu des armées, et corporellement les Apôtres sont venus l’assister ; ils rendent les derniers soins au corps qui fut principe de vie et réceptacle de Dieu. Immatériellement et invisiblement, les anges l’entourent avec crainte, assistant comme des serviteurs la Mère de leur Maître. Le Seigneur lui-même est là, lui présent partout, lui qui remplit tout, qui embrasse l'univers, et qui n'est dans aucun lieu,puisque l'univers est en lui, comme dans la cause qui l'a créé et qui le contient ( Jr 23,24 Sg 1,7  ).
Voici la Vierge, fille d'Adam et Mère de Dieu : à cause d'Adam elle livre son corps à la terre, elle élève son âme aux tentes célestes à cause de son Fils. Sanctifiée soit la ville sainte, et que, déjà bénie, elle recueille une bénédiction éternelle! Que les anges précèdent le passage de la divine demeure et apprêtent le tombeau; que l'éclat de l'Esprit le décore. Préparez des aromates pour embaumer le corps tout immaculé et tout rempli d'un délicieux parfum. Que vienne une onde pure, et qu'elle puise la bénédiction à la source sans souillure de la bénédiction. « Que se réjouisse la terre ( Ps 96,11 ) » de recevoir le corps, et que l'air tressaille de l'ascension de l'esprit! Que les brises soufflent, douces comme la rosée et pleines de grâce ! Que toute la création célèbre la montée de la Mère de Dieu les groupes de jeunes gens par leur jubilation, les langues des orateurs par leurs effusions lyriques, le coeur des sages en dissertant sur cette merveille, les vieillards à la blancheur vénérable en livrant doucement le fruit de leurs contemplations. Que toutes les créatures réunies apportent leur concours ! Même ainsi elles ne sauraient suffire à la moindre partie de l'hommage mérité. Mourir avec Marie pour accéder à la vraie vie.

Le Couronnement de la Vierge Fra Angelico, vers 1430 Paris Musée du Louvre


5. Eh bien, tous, en esprit, quittons ce monde avec celle qui s'en va. Oui, tous, par l'élan du coeur, avec celle qui descend au tombeau descendons aussi ! Rangeons-nous autour de la couche très sainte. Chantons des hymnes sacrés, et que nos mélodies s'inspirent de ces paroles «  Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Sois dans la joie, toi qui fus prédestinée à être Mère de Dieu. Sois dans la joie, toi qui fus élue avant les siècles par un dessein de Dieu, germe tout divin de la terre, habitacle du feu divin, chef-d'oeuvre sacré de l'Esprit-Saint, source d'eau vive, paradis de l'arbre de vie, rameau vivant qui portas la divine grappe d'où coulent le nectar et l'ambroisie,fleuve plein des aromates de l'Esprit, terre qui produisis l'épi divin, rose éclatante de la virginité,d'où s'exhale le parfum de la grâce, lis du vêtement royal, agnelle qui engendras l'Agneau de Dieu effaçant le péché du monde, instrument de notre salut, supérieure aux puissances angéliques,servante et Mère! Venez, rangeons-nous autour du tombeau immaculé, et puisons la grâce divine! Venez, embrassons en esprit et portons le corps toujours virginal ! Entrons, dans le sépulcre ; mourons avec lui, en rejetant les passions du corps, mais en vivant avec lui une vie sans convoitise et sans souillure. Ecoutons les hymnes divins sortis des lèvres immatérielles des anges.Entrons pour adorer, apprenons à connaître le surprenant mystère : comment ce corps fut enlevé,puis emporté dans les hauteurs, puis ravi au ciel, comment la Vierge est placée auprès de son Fils au-dessus de tous les ordres angéliques: rien en effet ne s'interpose entre la Mère et le Fils! Tel est, après deux autres, le troisième discours sur ton départ, que j'ai composé, ô Mère de Dieu,pour le respect et l'amour de la Trinité, dont tu fus la coopératrice, en vertu de la bienveillance du

Père et par la puissance de l'Esprit, quand tu reçus le Verbe sans principe, la sagesse toute-puissante et la force de Dieu. Accepte donc ma bonne volonté, qui vaut mieux que mes forces, et donne-moi le salut, la délivrance des passions de l'âme, le soulagement des maladies du corps, la solution des difficultés, une condition de vie paisible, l'illumination de l'Esprit. Enflamme notre amour pour ton Fils, règle notre conduite sur ce qui lui plaît afin qu'en possession de la béatitude d'en haut, et te voyant resplendir de la gloire de ton Fils, nous fassions retentir des hymnes sacrés dans l'éternelle joie, dans l'assemblée de ceux qui célèbrent, par une fête digne de l'Esprit, celui qui par toi opéra notre salut, le Christ Fils de Dieu et notre Dieu à lui la gloire et la force, avec le Père sans principe et le très saint et vivifiant Esprit, maintenant, et toujours, et dans l'infinité de tous les siècles des siècles. Amen.

2. Aujourd’hui, l'échelle spirituelle et vivante, par laquelle le Très-Haut est descendu pour se rendre visible et converser avec les hommes (Ba 3,38 ), est, par les degrés de la mort, remonté de la terre au ciel. Aujourd'hui la table terrestre, qui, sans qu'il y ait eu des noces, a porté le pain céleste de la vie et la braise de la divinité, de la terre fut enlevée aux cieux ; et pour la porte orientale, pour la porte de Dieu, les portes du ciel se sont surélevées ( Ez 44 Ps 24,7 Ps 24,9 ).
Aujourd’hui, de la Jérusalem terrestre la cité vivante de Dieu est ramenée vers « la Jérusalem d’en haut » ; celle qui avait conçu comme son premier-né et fils unique le Premier-né de toute créature et le Fils unique du Père, vient habiter dans « l'Eglise des premiers-nés( He 12,23 ) » ; « l'arche du Seigneur vivante et spirituelle est transportée dans le repos de son Fils »  (Ps132,8).
Les portes du Paradis s'ouvrent pour accueillir la terre productrice de Dieu, où germa l'arbre de la vie éternelle qui a effacé la désobéissance d'Eve et la mort infligée à Adam. C'est le Christ, cause de la vie universelle, qui reçoit la grotte creusée, la montagne non travaillée, d'où se détacha sans intervention humaine la pierre qui remplit la terre. Gloire de son tombeau.
Celle qui fut le lit nuptial où s'accomplit la divine Incarnation du Verbe, est venue reposer dans le tombeau plein de gloire comme dans une chambre de noces, et elle s'élève de là jusqu’à l'appartement des noces célestes, où elle règne en pleine lumière avec son Fils et son Dieu, après avoir légué son tombeau lui-même comme une couche nuptiale à ceux qui restent sur la terre.
Un lit nuptial, ce tombeau ? Oui, et le plus éclatant de tous ce n'est point par les reflets de l'or, la blancheur de l'argent, les feux des pierreries qu'il resplendit, ni par des fils de soie, ni pour être recouvert de broderies d'or et de tissus de pourpre, mais par la lumière divine, rayonnement de l’Esprit-Saint. Il procure, non l'union des corps aux époux de la terre, mais à ceux qu'enchaînent les liens de l'Esprit, la vie des âmes saintes, c'est-à-dire auprès de Dieu une condition meilleure et plus douce que toute autre. Ce tombeau est plus gracieux que l’Éden : pour ne pas redire ce qui s'est passe dans celui ci, la séduction de l'ennemi, son conseil amical, si j’ose ainsi parler, son fiel, sa tromperie, la faiblesse d'Eve, sa crédulité, l'appât doux et amer auquel son esprit se laissa prendre et par lequel elle surprit son époux, la désobéissance, le bannissement, la mort de peur que ce rappel ne fasse de notre fête un sujet de tristesse, je dirai que ce tombeau a élevé un corps mortel de la terre au ciel, tandis que le premier Eden, d'en haut a fait tomber notre ancêtre sur la terre. N'est-ce pas en lui que l'homme fait à l'image divine entendit cette condamnation : « Tu es terre, et tu retourneras en terre ( Gn 3,19 ) » ? Ce tombeau, plus précieux que l'ancien Tabernacle, a contenu le candélabre spirituel et vivant, brillant de la lumière divine, et la table porteuse de vie, qui reçut, non les pains d'offrande, mais le pain céleste, non le feu matériel, mais le feu sans matière de la divinité. Ce tombeau est plus fortuné que l’arche mosaïque, puisqu'il eut en heureux partage, non les ombres et les figures, mais la vérité même. Il accueillit l'urne pure comme l'or, productrice de la céleste manne ( Ex 16,33 Hb 9,4) ; la vivante table de pierre qui reçut la Parole, quand elle allait s'incarner par l'action de l'Esprit, doigt tout-puissant de Dieu, c'est-à-dire le Verbe subsistant; il accueillit l'autel d'or des parfums, je veux dire celle qui porta dans son sein la braise divine et embauma toute la création. Chant de victoire de 'Exode

3. Que s'enfuient les démons, que gémissent les Nestoriens trois fois misérables, comme autrefois les Egyptiens, avec leur chef le nouveau Pharaon, le cruel fléau et le tyran ! Car ils furent engloutis dans l'abîme du blasphème. Mais nous, les sauvés, qui avons passé à pied sec et franchi la mer salée de l'impiété, chantons à la Mère de Dieu le chant de l'Exode. « Que Miriam ( Marie)  qui est l'Église, prenne de ses mains le tambourin et entonne le chant festival ; que les jeunes filles de l'Israël spirituel sortent avec des tambourins et des choeurs ( Ex 15,20 )  en poussant des cris de joie !  Que les rois de la terre et les juges avec les princes, que jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants » ( Ps 148,11-12 ), célèbrent la Théotokos ! Que réunions et discours de toute forme, races et peuples dans la diversité de leurs langues composent «  un chant nouveau » ( Ps 40,4Ps 149,1 ) « Que l'air résonne des chalumeaux et des trompettes de l'Esprit, et inaugure par l'éclat de ses feux le jour du salut! Réjouissez-vous, cieux et que les nuées pleuvent ( Is 45)  l’allégresse ! Bondissez, béliers du troupeau élu de Dieu, divins apôtres qui, comme des montagnes élevées et sublimes, aspirez aux plus hautes contemplations ; et vous aussi, agneaux de Dieu, peuple saint, jeunes enfants de l'Eglise, tendus par votre désir comme des collines vers les hautes montagnes (ps 114) ! Mort et résurrection.

Hé quoi ? Elle est donc morte, la source de la vie, la Mère de mon Seigneur !
Oui, il fallait que l'être formé de la terre retournât à la terre, et par cette voie montât au ciel, en recevant de la terre,après lui avoir remis son corps, le don d'une vie parfaitement pure. Il fallait que, comme l'or, une fois rejeté le poids terrestre et opaque de la mortalité, la chair, devenue dans le creuset de la mort incorruptible et pure, revêtue de l'éclat de l'incorruption, ressuscitât du tombeau 1 Co 15, 49-55). Dans le concert de la louange universelle, la mère est réunie à son Fils.

4. Aujourd’hui commence pour elle une seconde existence, qu'elle reçoit de Celui qui la fit naître à la première, comme elle-même avait donné une seconde existence la vie corporelle à Celui dont l'existence première et éternelle n'eut pas de commencement dans le temps, bien que le Père en fût le principe, comme cause de sa vie divine. Réjouis-toi, Sion, montagne divine et sainte, où habitait l'autre montagne divine, celle qui est vivante, la nouvelle Béthel, où l'onction fut versée sur la stèle (Gn 28,18), où la nature humaine reçut l'onction de la divinité ! De toi, comme d'un jardin d'oliviers, son Fils s'est élevé vers les hauteurs célestes (Ps 68,18-19). Qu'une nuée se prépare, universelle et cosmique, et que les ailes des vents amènent les Apôtres des confins de la terre jusqu'à Sion !  Qui sont ceux-là, qui comme des nuées " et des aigles " volent ( Is 60,8 ) « vers le corps source de toute résurrection, pour servir la Mère de Dieu? " Quelle est celle-là qui monte, dans la fleur de sa blancheur » » toute belle » « brillante comme le soleil » ( Ct  8,5 Ct  4,7 Ct 6,10) "? Que chantent les cithares de l'Esprit, je veux dire les langues des Apôtres; que retentissent les cymbales, c'est-à-dire les plus éminents hérauts de la parole de Dieu ! Que ce vase d'élection, Hiérothée, consacré par l'Esprit divin, à qui l'union divine valut de souffrir et d'apprendre les réalités divines, soit tout ravi hors de son corps que transporté tout entier par sa ferveur, il fasse retentir la cadence de ses hymnes ! Que toutes les nations battent des mains (Ps 47, 2 ) que tous célèbrent la Théotokos ! Que les anges rendent un culte à un corps mortel ! Filles de Jérusalem, faites cortège derrière la Reine, et comme les vierges " ses compagnes ", dans la jeunesse de l'esprit, portez-vous avec elle vers l'époux pour la placer " à la droite " du Seigneur( Ps 45,15
Descends, descends, ô Souverain, viens payer à ta mère la dette qu'elle mérite pour t'avoir nourri ! Ouvre tes mains divines : reçois l'âme maternelle, toi qui sur la croix remis ton esprit entre les mains du Père. Adresse-lui un doux appel : Viens, ô belle, « ma bien aimée ( Ct 2,10 ) », par la beauté virginale plus que le soleil resplendissante ; tu m'as fait part de tes biens: viens, jouis avec moi de ce qui m'appartient. Approche, ô Mère, de ton Fils approche et partage la puissance royale avec Celui qui, né de toi, vécut avec toi dans la pauvreté ( Ps 45 ). Eloigne-toi, ô Souveraine, éloigne-toi ! Ce n'est plus l'ordre donné à Moïse : «  Monte et meurs... ( Dt  32,49-50 ) « Meurs plutôt, et élève-toi par cette mort même ! Remets ton âme aux mains de ton Fils, et rends àl a terre ce qui est de la terre: aussi bien cela même sera emporté avec toi. Levez les yeux, ô peuple de Dieu, levez les yeux ! Voici en Sion l'arche du Seigneur Dieu des armées, et corporellement les Apôtres sont venus l’assister ; ils rendent les derniers soins au corps qui fut principe de vie et réceptacle de Dieu. Immatériellement et invisiblement, les anges l’entourent avec crainte, assistant comme des serviteurs la Mère de leur Maître. Le Seigneur lui-même est là, lui présent partout, lui qui remplit tout, qui embrasse l'univers, et qui n'est dans aucun lieu,puisque l'univers est en lui, comme dans la cause qui l'a créé et qui le contient ( Jr 23,24 Sg 1,7  ).
Voici la Vierge, fille d'Adam et Mère de Dieu : à cause d'Adam elle livre son corps à la terre, elle élève son âme aux tentes célestes à cause de son Fils. Sanctifiée soit la ville sainte, et que, déjà bénie, elle recueille une bénédiction éternelle! Que les anges précèdent le passage de la divine demeure et apprêtent le tombeau; que l'éclat de l'Esprit le décore. Préparez des aromates pour embaumer le corps tout immaculé et tout rempli d'un délicieux parfum. Que vienne une onde pure, et qu'elle puise la bénédiction à la source sans souillure de la bénédiction. « Que se réjouisse la terre ( Ps 96,11 ) » de recevoir le corps, et que l'air tressaille de l'ascension de l'esprit! Que les brises soufflent, douces comme la rosée et pleines de grâce ! Que toute la création célèbre la montée de la Mère de Dieu les groupes de jeunes gens par leur jubilation, les langues des orateurs par leurs effusions lyriques, le coeur des sages en dissertant sur cette merveille, les vieillards à la blancheur vénérable en livrant doucement le fruit de leurs contemplations. Que toutes les créatures réunies apportent leur concours ! Même ainsi elles ne sauraient suffire à la moindre partie de l'hommage mérité. Mourir avec Marie pour accéder à la vraie vie.


5. Eh bien, tous, en esprit, quittons ce monde avec celle qui s'en va. Oui, tous, par l'élan du coeur, avec celle qui descend au tombeau descendons aussi ! Rangeons-nous autour de la couche très sainte. Chantons des hymnes sacrés, et que nos mélodies s'inspirent de ces paroles «  Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi. » Sois dans la joie, toi qui fus prédestinée à être Mère de Dieu. Sois dans la joie, toi qui fus élue avant les siècles par un dessein de Dieu, germe tout divin de la terre, habitacle du feu divin, chef-d'oeuvre sacré de l'Esprit-Saint, source d'eau vive, paradis de l'arbre de vie, rameau vivant qui portas la divine grappe d'où coulent le nectar et l'ambroisie,fleuve plein des aromates de l'Esprit, terre qui produisis l'épi divin, rose éclatante de la virginité,d'où s'exhale le parfum de la grâce, lis du vêtement royal, agnelle qui engendras l'Agneau de Dieu effaçant le péché du monde, instrument de notre salut, supérieure aux puissances angéliques,servante et Mère! Venez, rangeons-nous autour du tombeau immaculé, et puisons la grâce divine! Venez, embrassons en esprit et portons le corps toujours virginal ! Entrons, dans le sépulcre ; mourons avec lui, en rejetant les passions du corps, mais en vivant avec lui une vie sans convoitise et sans souillure. Ecoutons les hymnes divins sortis des lèvres immatérielles des anges.Entrons pour adorer, apprenons à connaître le surprenant mystère : comment ce corps fut enlevé,puis emporté dans les hauteurs, puis ravi au ciel, comment la Vierge est placée auprès de son Fils au-dessus de tous les ordres angéliques: rien en effet ne s'interpose entre la Mère et le Fils! Tel est, après deux autres, le troisième discours sur ton départ, que j'ai composé, ô Mère de Dieu,pour le respect et l'amour de la Trinité, dont tu fus la coopératrice, en vertu de la bienveillance du Père et par la puissance de l'Esprit, quand tu reçus le Verbe sans principe, la sagesse toute-puissante et la force de Dieu. Accepte donc ma bonne volonté, qui vaut mieux que mes forces, et donne-moi le salut, la délivrance des passions de l'âme, le soulagement des maladies du corps, la solution des difficultés, une condition de vie paisible, l'illumination de l'Esprit. Enflamme notre amour pour ton Fils, règle notre conduite sur ce qui lui plaît afin qu'en possession de la béatitude d'en haut, et te voyant resplendir de la gloire de ton Fils, nous fassions retentir des hymnes sacrés dans l'éternelle joie, dans l'assemblée de ceux qui célèbrent, par une fête digne de l'Esprit, celui qui par toi opéra notre salut, le Christ Fils de Dieu et notre Dieu à lui la gloire et la force, avec le Père sans principe et le très saint et vivifiant Esprit, maintenant, et toujours, et dans l'infinité de tous les siècles des siècles. Amen.

lundi 15 août 2016

Magnificat anima mea Dominum


Grâce à toi Marie Mère de Dieu






Magnificat anima mea Dominum,
et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillae suae.
Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est.
Et sanctum nomen ejus.

Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum.
Fecit potentiam in brachio suo.

Dispersit superbos mente cordis sui.
Deposuit potentes de sede, et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes.
Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae

Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini ejus in saecula.



Mon âme exalte le Seigneur,
et mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur.

Car il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante,
Et voici que désormais on me dira bienheureuse de génération en génération.

Car il fit pour moi de grandes choses, celui qui est puissant,
Et saint est son nom.

Et son pardon s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a placé la puissance dans son bras,

Il a dispersé ceux dont le cœur était orgueilleux.
Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles.

Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides.
Il a secouru Israël, son enfant, il s'est souvenu du pardon qu'il avait promis

Ainsi avait-il parlé à nos pères, à Abraham et à sa descendance, pour les siècles.




Catarino Couronnement de la Vierge. 1375. Académia. Venise




Vidéo : Magnificat RV 610 Antonio Vivaldi (1678-1741)

mardi 9 août 2016

L'art en vérité



Ce livre est d’une profondeur et d’une beauté de volcan.
Ne laisser pas filer un tel OVNI, ce chant d’amour, ce gisement d’intelligence pure,
sans tenter avec lui une rencontre du troisième type.

Thierry Berlanda, philosophe et romancier


Ce livre est le récit de ma longue histoire d’amour avec celle qui m’a aimé la première : la Vie.
Ce premier volume tiré de mes carnets des années quatre-vingts suit l’itinéraire tâtonnant du jeune homme marié et dépité, du créatif choyé et du peintre inconnu que j’étais, qui, poussé par la Nécessité intérieure décide de passer des agences de publicité à l'atelier, des studios et des salles de montages au travail manuel, et par là spirituel, de la créativité conceptuelle à l'Imagination créatrice, des images fabriquées et falsifiées aux oeuvres d'art, du dehors au dedans, du visible à l’invisible, du désir à l’amour, de l’existence à la Vie, des idoles à la Vraie Image vivante de Dieu que nous sommes tous par naissance et par vocation. 

Ce premier volume raconte mes voyages en Europe et en Amérique, mes aventures et mes rencontres avec les artistes et les oeuvres qu'ils ont créées non pour notre divertissement ni par désir d'entrer dans l'histoire mais pour notre approfondissement intérieur, notre édification spirituelle. J'ai donné à ces notes prises sur le vif la forme d’un récit illustré par les oeuvres dont je parle, espérant partager ainsi la joie et le désir de créer et de recréer par le regard et l'esprit les oeuvres que les artistes nous ont confiées



Durant l'été ce livre est disponible sur Amazon au prix de 3,99 €


L’art a pour vocation première de nous enseigner la joie, la joie de vivre qui est la joie de créer. 
L’art du peintre est l'art de voir et de faire voir. Et vivre comme voir c’est recevoir ce qui nous est donné à vivre et à voir, ce qui est confié à notre regard. Re-garder cela veut dire prendre à nouveau sous sa garde, recueillir et aimer, veiller et éveiller. 

Regarder et recevoir de cette façon c’est recréer en nous les oeuvres que nous voyons, entendons ou lisons. C'est recevoir d'elles la vie que leur créateur leur a donnée en leur donnant de la nôtre. Chacun recevant de l'oeuvre ce qu'il donne de lui-même dans la rencontre. C’est ainsi que les oeuvres d’art sont des lieux de rencontres, de relations, des lieux hospitalité, d'accueil et de recueillement. 
De telles oeuvres sont alors à nous véritablement, non pas comme des objets à posséder ou à collectionner, mais comme des oeuvres que nous avons vécues et qui vivent en nous pour toujours. 

Les véritables oeuvres d’art se reconnaissent à ceci qu’elles outrepassent immédiatement leurs réalités matérielles et historiques, leurs valeurs mondaines,  pour devenir des oeuvres immatérielles, des oeuvres de l'Esprit, pour devenir verbe, le verbe oeuvrer que chacun peut conjuguer au présent de sa vie. C'est ainsi que l’oeuvre d’art véritable, et véritablement rencontrée, conjugue au présent vivant de chacun le Verbe Créateur. Et ce n'est que par une telle rencontre que se vérifie la vocation spirituelle de l'art. 

Le Verbe Créateur est la Vie en Personne qui nous donne de vivre et d’éprouver tout ce que nous vivons. La Vie qui nous donne la liberté de la nier ou de la connaître vraiment en amour. Car l'amour est la connaissance suprême. Le Verbe est encore l'Esprit qui nous donne de nous imaginer à son Image, c'est-à-dire de nous faire vivant à l’Image de Dieu et de connaître sa Joie. 
C'est ainsi, et pas autrement, que l'art accomplit sa plus haute promesse : nous révéler  que par l'esprit nous pouvons connaître l'Esprit.

Ce livre est un recueil de grâces rendues aux artistes de tous les temps et une prière à la Vie.
C'est en cela qu'il est l'anti-dote à l'art spectaculaire marchand spéculatif que l'époque et sa vaste entreprise nihiliste cherchent à nous imposer sous le nom fallacieux d'art contemporain. 




Ce livre est également disponible pour une lecture sur Mac sur iTunes store 




Texte : Robert Empain 
Illustrations : oeuvres de Genille Bellini et Wasily Kandinsky






vendredi 22 juillet 2016

Une croix dévoilée




Une croix majestueuse est apparue ces jours-ci sur une falaise face à l'océan, non loin de Obidos (Portugal), après un effondrement de roches et de poussières qui se sont accumulées à sa base. 

Je vois là, vous vous en doutez, et parmi bien d'autres, un signe de ce qui nous arrive et un présage de ce qui va nous arriver.




Photographie :  Robert Empain juillet 2016

samedi 16 juillet 2016

Qui est la vérité ?



La démarche de Michel Henry a toujours été d’aller vers l’amont et de maintenir sa phénoménologie à ce niveau. Avec ses trois derniers essais, C’est Moi la Vérité, pour une philosophie du Christianisme (1996), Incarnation (2000), Paroles du Christ (2002), il ne sort pas du champ philosophique, ni de sa phénoménologie matérielle pour laquelle apparaître est compatible avec invisible, en décidant de prolonger sa réflexion par la scrutation des écrits néo testamentaires de Jean et de Paul - « Ce que les philosophes appellent absolu, a-t-il dit, la religion l’appelle Dieu » - c’est-à-dire que l’expression médiatique de « tournant théologique » qui a défini pareille initiative n’est pas adéquate. Il a trouvé dans ces textes, exprimée dans une langue non technique, ce qui ne signifie pas forcément plus aisée à décrypter, sa confirmation des résultats de L’Essence de la manifestation qu’il souhaitait réexposer : acosmisme et pathos de la vie – vie, terme qu’il préfère désormais à celui d’immanence pour désigner l’Un originaire, cette unité concrète de l’essence qui engendre les vivants - ; la façon dont se phénoménalise la phénoménalité, dynamique du pathos qui se modalise en souffrir et jouir, article si mal compris par certains – « souffrir » désigne la passivité comme adhérence à soi, impossibilité de mise à distance , immersion dans le pathos premier en lequel s’enracine justement l’ipséité, d’où la métamorphose de ce « souffrir » en « jouir », c’est-à-dire acquiescement à l’obtention de soi permettant le déploiement des potentialités, ce « Je peux », qui est source de l’agir et de la liberté. Ses derniers ouvrages exploitent cette rencontre qu’il décrit ainsi à propos de son second volet, Incarnation : « Ma phénoménologie de la vie s’est trouvée en présence d’une phénoménologie de la vie, c’est-à-dire de ma propre vérité. J’avais travaillé sur la vie, le moi, le corps subjectif, disons, si l’on veut, la chair. Seulement la phénoménologie que je rencontrais n’était pas une phénoménologie de la chair mais de l’incarnation, n’était pas une phénoménologie du moi mais d’avant le moi. Il s’agissait de savoir comment le moi venait en lui-même. C’est ainsi que j’ai fait ce livre sur le Christianisme qui est en fait un livre de phénoménologie radicale, portant sur ce qui vient avant notre vie mais qui est dans notre vie, une sorte de lecture en arrière, partie à la recherche d’un avant le sujet, d’un avant le moi. Incarnation est un livre sur un « avant la chair ». Et il revient sur ce point capital traité dans C’est moi la vérité et qui exclut la transgression d’une limite de la phénoménologie: « La vie, c’est l’immanence, la présence dans, c’est-à-dire que dans le vivant il n’y a pas des traces de la vie mais la vie absolue. Elle vient avant lui en ce sens qu’elle le donne à lui-même, mais lui-même est en quelque sorte dans cette auto-donation avant d’être lui-même ». (Entretien avec V. Caruana, in Philosophique Kimé 2000, repris in Michel Henry, Entretiens, Sulliver 2005).



C'est Moi la Vérité - Pour une philosophie du christianisme. Le Seuil, 1996

Outre son thème central, cet essai précise le rapport de l’individu à l’essence sur les points suivants : la naissance ; l’ipséité (le soi qui vient dans la vie est-il mon soi ou celui de la vie ?) ; l’agir ; autrui ; le langage.

Introduction
Ce que le Christianisme considère comme la vérité diffère du concept moderne de vérité. Un vigoureux préalable méthodologique exclut que la connaissance de celui-ci dépende des textes qui en parlent. Seule la référence du texte à la réalité fait la vérité de celui-ci. Cette vérité ne peut non plus être réduite à la « vérité » problématique de l’histoire, incapable de saisir la réalité des individus et dont l’événement dont elle se veut témoin répète l’impuissance de l’événement à se poser dans l’être. Ces incapacités sont formulées dans le Nouveau Testament qui affirme que seule la Vérité qui est la sienne peut rendre témoignage d’elle-même.

I – La vérité du monde, II – La vérité du Christianisme, III - Cette vérité qui s’appelle la Vie 
Ces chapitres sont conçus de façon antithétique. Est disqualifiée la vérité du monde qui prévaut depuis la Grèce – et que L’Essence de la manifestation avait rudement critiquée : si tout ce qui se montre dans la lumière est tenu pour vrai, c’est le monde qui désigne la vérité et non la façon dont celle-ci se montre, conception portée à l’absolu par la philosophie de la conscience. La vérité du monde n’est en réalité qu’auto production du dehors comme condition de visibilité.
D’autre part cet au-dehors est pris dans le flux du temps (critique qui vise Heidegger). Soumise à la loi d’apparition des choses, la vérité du monde jette celles-ci hors d’elles-mêmes, les vide de leur chair dans un faire-voir qui est destruction.
Dans la vérité du Christianisme au contraire la vérité n’a pas à se diviser entre elle-même et ce qu’elle montre. En elle il n’y a ni voir ni vu, elle est matière phénoménologique pure, concerne le fait de se montrer, non le phénomène. Dieu est cette révélation pure qui ne révèle rien d’autre que soi et le Christianisme est donation en partage aux hommes de l’auto-révélation de Dieu.
Cette auto-révélation se produit dans la vie dont elle constitue l’essence, la vie n’étant rien d’autre que ce qui s’auto-révèle. Cette vie n’est pas dans le monde, elle se tient en soi, s’éprouve sans distance, hors monde, hors pensée, hors rapport conscience-objet, sans différence, condition pour qu’elle s’éprouve. Son mode de révélation est chair d’un pathos, non structure formelle. D’où la première équation du Christianisme : Dieu est Vie, l’essence de la Vie est Dieu.
Michel Henry recense les trois façons contemporaines qui dépouillent la vie de son auto-révélation : 1 - le scientisme actuel, qui laisse de côté la question capitale de l’ipséité et oublie que ce qui en nous voit ou touche, n’est ni l’œil, ni la main, mais la vie. Quant à la biologie, elle ne s’intéresse plus à la vie, bien que le biologiste sache ce qu’elle est, joie, angoisse etc. 2 – la conception de Heidegger qui réduit la manifestation du vivant à son apparition sous forme d’étant dans l’éclaircie du monde. 3 – La déviation du freudisme qui pense que la conscience réside dans la représentation, avec cette conséquence, la vie n’est que force aveugle, inconsciente, source de ravages.
Antithèse de ces dévalorisations, le Christianisme estime que la Vie est plus que le vivant et qu’elle le précède. Phénoménologiquement, c’est de la Vie transcendantale qu’il faut partir. D’où l’importance de la naissance, de la génération de l’homme comme fils de Dieu et de celle de l’Archi-Fils qui est le premier vivant (archi- vient du grec archè, commencement). 


Sacré Coeur. 2011


IV – L’auto génération de la Vie comme génération du premier vivant
Ce chapitre important traite de l’origine et de l’ipséité qui fait l’objet des trois chapitres suivants. Ici il est question de l’ipséité originelle dont L’Essence de la manifestation avait déjà traité.
Pour le Christianisme, il n’y a qu’une seule Vie, agissante, puissance d’engendrement immanente à tout ce qui vit. Elle est l’essence de Dieu lui-même, un Dieu qui n’est pas pensé par l’esprit, comme le croyait Saint Anselme. Le vivant parvient dans la vie en s’identifiant à son auto révélation. La vie n’est pas, le concept d’être est à congédier. Elle advient et ne cesse d’advenir. Elle n’est pas non plus un milieu phénoménologique où baigne tout ce qui est vivant, ni un monde intérieur qui serait l’antithèse du monde de l’au-dehors. «Dans l’accomplissement éternel de ce procès, la vie se jette en soi, s’écrase contre soi, s’éprouve soi-même, jouit de soi, produisant sa propre essence ». Telle est la dynamique de l’ipséité qui s’effectue comme pathos et constitue « la chair affective » de cette révélation. S’éprouver soi-même signifie éprouver ce qui n’est en sa chair rien d’autre que ce qui l’éprouve. Cette identité de l’éprouvant et de l’éprouvé est l’essence originelle de l’ipséité.
Le Père est le mouvement que rien ne précède, et dont nul ne connaît le nom. Il engendre éternellement le Fils, ce premier vivant en l’Ipséité originaire duquel le Père s’éprouve lui-même. Comme le Père, le Fils est Logos, Verbe. Sa naissance ne se produit pas à l’intérieur d’une vie préexistante, elle est élément co-constituant du surgissement de la vie. L’engendrement du Père et du Fils ne font qu’un.

V – Phénoménologie du Christ
La naissance non mondaine du Christ signifie que toute naissance est transcendantale, générée dans la Vie absolue car le vouloir du monde est incapable d’engendrer la vie, il la présuppose. Le Père est « dans les cieux », c’est-à-dire invisible. La Vie n’apparaît dans aucun monde, « Personne n’a jamais vu Dieu ». D’où le rejet violent par le Christ de sa généalogie humaine : « Avant qu’Abraham fut, Moi je suis. » Cette conception de la naissance qui fait de l’Archi-Fils un étranger au monde et à sa temporalité propre est cause du drame dont le Christianisme est l’histoire, car dans la vérité du monde le Christ n’est qu’un homme parmi les autres et ce qu’il dit passe pour blasphème.
Le Prologue de Jean explique la Trinité dans cette perspective d’une phénoménologie de l’invisible : Archi-génération transcendantale de l’Archi-Fils, le Verbe étant l’accomplissement de la révélation, auto-engendrement de la vie qui « se fait chair » sous la forme d’une Ipséité essentielle, celle du Premier Vivant, aussi ancien qu’elle. La proposition, « En lui était la Vie », désigne l’intériorité phénoménologique réciproque du Père et du Fils, ce qui n’existe jamais dans la génération humaine.
La signification du Christianisme est prise dans une phénoménologie, puisqu’il s’agit de rendre le Père manifeste, révélation qui se fait dans un mouvement sans fin grâce au Fils incarné, le Christ ne disant rien d’autre que ce que dit « Celui qui m’a envoyé ». Mais pas plus que le Père, le Fils ne peut se montrer dans le monde en tant que tel. Le système autarcique constitué par la relation de la Vie et du premier vivant signifie qu’il n’est d’accès au Christ que dans la Vie. Le Christianisme n’enseigne rien d’autre que cela et défait la conception de l’homme comme être du monde, il est Fils de Dieu.


Annonciation. 1994



VI – L’homme en tant que « Fils de Dieu »
Ce chapitre capital s’attaque à la question très rarement abordée par les philosophes, celle de l’ipséité individuelle.
Point central du Christianisme, l’homme n’est pas un être du monde, ni au sens réaliste naïf, ni au sens philosophique commun qui voit en l’homme un être doué de raison – appartenance que maintient la religion quand elle le comprend comme un être non pas engendré mais créé, c’est-à-dire tenant ses lois de l’apparaître, confusion que répète la christologie quand elle tente d’expliquer l’union dans le Christ de deux natures hétérogènes, l’une humaine, l’autre divine, alors que le Christ n’a jamais parlé de lui-même comme d’un homme – et que l’homme n’existait pas quand lui, le Christ, a procédé de l’auto-engendrement de la vie.
En tant que fils de Dieu, l’homme participe aussi de l’essence de la vie. Il doit être pensé à partir du Christ, car la Vie a le même sens pour Dieu, le Christ et l’homme. Or si l’homme est porteur de l’essence divine, en quoi diffère-t-il de Dieu ou du Christ puisqu’il est ce Soi singulier engendré dans l’auto-engendrement de la Vie absolue - c’est-à-dire cette épreuve qui est ipséité ?
Il faut donc distinguer deux concepts de l’auto-affection – affection signifiant manifestation, ce qui se donne à moi dans mon expérience. Il y a auto-affection quand ce qui affecte est le même que ce qui est auto-affecté, ie. quand la vie constitue elle-même le contenu de son affection (cf. § 31 L’Essence de la manifestation). L’auto-affection est donc acosmique, mais il faut dissocier les modalités du moi transcendantal vivant, l’Archi-Fils et l’essence phénoménologique de cette Vie absolue.
Il y a donc un concept « fort » d’auto-affection ( naturant) : la génération par soi de la Vie qui définit elle-même le contenu de sa propre affection et se le donne à elle-même. Cette auto-donation qui est auto-révélation est un pathos affectif qui a posé son propre contenu. Cette auto-affection forte est le propre de Dieu.
Le concept « faible » d’auto-affection est un naturé. En tant que Moi transcendantal vivant, je puise aussi mon essence dans l’auto-affection. Je suis moi-même l’affecté et ce qui affecte, le sujet de l’affection et son contenu, tout est moi, le senti, le touché, le voulu, le désiré, le pensé. Mais cette auto-affection n’est pas mon fait.
Quel est le rapport de ces deux sens ? Dans le sens faible, le Soi singulier que je suis ne s’éprouve lui-même qu’à l’intérieur du mouvement par lequel la Vie se jette en soi et jouit de soi dans le procès éternel de son auto-affection absolue. D’où, parce que c’est un pathos, la passivité de ce soi singulier que je suis, passif à l’égard de soi parce que passif à l’égard du procès éternel de la vie qui ne cesse de l’engendrer. C’est cette passivité qui fait de ce soi un moi – ipséité qui n’est pas un attribut métaphysique posé sur la pensée. Cette passivité engendre des modalités pathétiques comme l’angoisse, angoisse qui tente de se fuir. Écrasée sous son propre poids, elle tente de se changer soi-même – principe de toute action - , sa souffrance peut ainsi se métamorphoser en joie.
Intermédiaire entre Dieu et l’homme, mais consubstantiel au Père, le Christ appartient au procès fort. Le rapport de l’homme transcendantal à Dieu n’est pas direct mais médié par le Christ : grâce à l’Ipséité de ce premier Soi, la place est ouverte à tout vivant, son ipséité est possible. Fils de Dieu, le vivant ne peut l’être qu’en tant que Fils dans le Fils.

VII – L’homme en tant que « Fils dans le Fils »
Le statut de l’ipséité individuelle, auto-affection « faible », est métaphoriquement exposé dans la parabole, relatée par Jean, du berger et de ses brebis : c’est dans l’Ipséité originaire du Fils, par une relation d’engendrement acosmique et intemporelle, que chaque homme puise son ipséité personnelle. Le Christ n’est pas seulement le medium entre l’homme et Dieu, il est le medium entre chaque moi et lui-même, conférant à ce moi une concrétude phénoménologique, une chair. Aussi « le berger » connaît-il le nom de chacune de ses brebis, il est la porte, ie. « l’accès à tout moi transcendantal réside dans une Ipséité plus ancienne que lui », Ipséité qui est l’herbe que paissent les brebis, c’est-à-dire que chaque moi s’accroît de lui-même.
Ce processus a une conséquence capitale : la relation des vivants entre eux n’est plus dans l’extériorité du monde mais dans l’archi-génération de la Vie : il est impossible de parvenir jusqu’à l’autre, de l’atteindre, sinon à travers le Christ, de le frapper sans frapper celui-ci. Or le voleur qui, dans la parabole, s’approprie ce qui ne lui appartient pas, le possède quand même : quoi qu’il fasse, tout moi fait usage d’une ipséité dans le pouvoir de laquelle il n’entre pour rien. Aussi les ouvriers de la onzième heure seront-ils payés de la même façon que ceux qui ont travaillé tout le jour.
L’extrême originalité de la pensée chrétienne de l’Individu est d’avoir d’entrée de jeu lié la conception de l’Individu avec la Vie, relation qui est dans la Vie dont elle est l’engendrement constant. Son ipséité est pour chacun la condition essentielle de son identification à la Vie universelle donnée en sa chair phénoménologique. Tout soi est singulier. « L’homme naturel » n’existe pas, ce qui individualise n’est nulle part dans l’au-dehors. Priorité de l’essence : « C’est moi qui vous ai choisis ».


Te souviens-tu de l'oubli ? 2008



VIII – L’oubli par l’homme de sa condition de Fils : « Moi, je » ; « Moi, ego »
Pourquoi les hommes sont-ils si malheureux en dépit de leur ascendant ? Or c’est justement à partir de l’ipséité que s’éclaire l’oubli. L’ignorance de l’homme s’enracine dans le procès même en lequel la vie génère en soi le moi de tout vivant. C’est dans la naissance du moi que se tient la raison cachée de l’oubli. S’éprouvant passivement sur le fond de cette Ipséité originelle de la Vie qui le donne à lui-même, le moi se trouve être plus que ce qui se désigne comme un moi : entrant en possession de lui-même, il entre en possession de pouvoirs (du corps, de l’esprit), il peut les exercer. Car le « je peux » ne fait que définir l’essence du « je ». Toutefois ce « je » n’y est pour rien, la source des pouvoirs est le Soi de l’Archi-Fils.
Une fois entré en possession de son être propre, le « je » se sent libre de déployer tel de ses pouvoirs. De passif originairement, l’ego devient actif - et libre parce qu’il n’est rien du monde, son Ipséité n’appartenant qu’à la Vie. Ainsi naît l’illusion transcendantale de l’ego qui se prend pour le fondement de son être, oublie sa condition de Fils. Celui qui soulève un poids croit que c’est lui qui le soulève… et le don des pouvoirs est réel.
De plus, la dissimulation de la Vie invisible dans l’ego lui ouvre l’espace du monde, l’ego ne s’intéresse qu’à ce qui est hors de lui – même s’il ne se soucie en réalité que de lui-même. L’égoïsme transcendantal lui fait oublier sa condition et l’emplit de ce Souci que le Christianisme nomme convoitise.
Il est toutefois une cause plus essentielle de l’oubli : incapable de prendre place devant son propre regard, la Vie est sans mémoire, elle est l’Immémorial parce que jamais séparée de soi par une intentionnalité. Il faut rejeter les conceptions classiques qui fondent sur la mémoire les possibilités du moi : la mémoire détruit l’essence de la vie, déploie l’écart de la distance du passé. Le Soi n’est possible que radicalement immanent, sans visage.
C’est ainsi que l’oubli par l’homme de la condition de Fils n’est pas un argument contre celle-ci mais sa conséquence et sa preuve. Il y a donc deux oublis : bien qu’oubliant le Soi qui l’installe en lui-même, l’ego n’en est pas moins immergé en lui-même à son insu. Le second oubli porte sur ce qui est advenu avant qu’on soit, l’antécédence de la Vie, l’Immémorial absolu.

IX – La seconde naissance
Le salut pour le Christianisme est de surmonter cet oubli radical, ie. de naître une seconde fois, mais ce salut ne relève ni du savoir ni d’une prise de conscience libératrice. Les preuves de l’existence de Dieu (Saint Anselme etc.) sont absurdes : se constituer en tribunal et alors que l’essence de Dieu est sa présence invisible, son auto-révélation originelle, le soumettre à une preuve sous la lumière du monde. D’accès au vivant, il n’est que dans la vie.
D’où l’aporie : comment l’homme peut-il atteindre l’Avant absolu de l’auto-engendrement de la vie en laquelle il est engendré ? A la différence de la philosophie classique où le temps est identifié au surgissement phénoménologique du monde, la temporalité du Christianisme permet de saisir la relation de notre naissance à l’Avant qui la précède : le rapport à l’Avant n’est pas distance mais pathos. Ce rapport est chair de la vie qui est mouvement, venue en soi qui ne se sépare jamais de soi.
La relation du vivant à la Vie ne peut donc se rompre, comme le montre la parabole du Fils prodigue. Certes celui-ci avait oublié. Mais l’immanence de la Vie absolue dans la vie singulière de l’ego fait qu’une seconde naissance peut s’accomplir en faveur d’une autotransformation de la vie selon ses lois propres : elle consiste dans un faire, l’éthique chrétienne refusant l’ordre de la parole et de la connaissance. Ce faire est retour à l’auto-engendrement de la vie, conformément à la volonté du Père. Dieu est vie, le Soi vivant laisse la vie s’accomplir en lui comme la vie de Dieu lui-même. Seuls les actes comptent, comme celui du Bon Samaritain ou des œuvres de miséricorde.
Le salut est une seconde naissance, entrée dans une vie nouvelle, le « Je peux » étant donné par la Vie. Cet agir de miséricorde repose sur l’oubli de soi, parce que l’ego y est reconduit au pouvoir de la Vie absolue qui le donne à lui-même. Dans ce nouvel agir, le soi retrouve la puissance dont il est né – l’agir mondain de l’ego est remplacé par l’agir originel de la Vie.


Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, voilée. 2009



X – L’éthique chrétienne, XI – Les paradoxes du Christianisme
Ce chapitre X définit le principe de cette éthique, à la lumière duquel sont ensuite expliquées les affirmations paradoxales du Christianisme qui déterminent la possibilité d’une seconde naissance. Celle-ci implique un faire qui n’a rien à voir avec la réalisation objective d’un projet subjectif mais où réalité et action se situent dans l’auto transformation pathétique de la vie, un agir transcendantal qui n’obéit qu’à la donation à soi de la Vie absolue. La Loi nouvelle n’est plus une norme idéale, extérieure, son Commandement est la Vie, condition d’accomplissement pour l’homme de son essence – ce que Jean appelle amour de Dieu. Loin de résulter du Commandement, l’amour en est la présupposition – à l’inverse de la morale du devoir kantien.
C’est à partir des écrits de Jean et des Béatitudes que doivent se lire les intuitions fondatrices qui en rendent intelligibles les paradoxes car elle réfèrent à la structure interne de la vie( chap. XI) :
1 – La duplicité de l’apparaître : tout se montre à nous de deux façons, de même que notre corps. Il y a d’un côté la vérité pathétique et inextatique de la Vie, de l’autre l’horizon de visibilité du monde, sa vérité extatique. Cette coexistence peut donner lieu à un comportement comme la feinte de l’hypocrisie qui joue sur cette duplicité que démasque le Christianisme en renversant une connaissance rationnelle fondée sur la perception : « ceux qui n’ont pas la connaissance n’entreront pas au royaume de Dieu ».
2 – L’intuition de la structure antinomique de la vie, qu’expriment les paradoxes des Béatitudes. « Heureux ceux qui souffrent » exprime la co-appartenance originelle du souffrir et du jouir, la réversibilité du premier dans le second, un se subir soi-même qui est en même temps entrée en possession de soi. C’est cette structure réversible du pathos qui fonde le sens des Béatitudes, car la plénitude de la vie - « malheur aux riches » - peut céder la place au Désir qu’aucun objet ne viendra combler.
3 – Différence qui sépare la Vie du vivant : la malédiction, « malheur à vous qui êtes repus » s’adresse à ceux qui, oubliant leur condition, éprouvent la vie comme leur bien propre. Car il y a la Faim, la grande Déchirure, « ce manque terrifiant en chaque ego de ce qui le donne à lui-même », que seule peut apaiser la Vie absolue dans la seconde naissance.
4 – Situation aporétique : la différence entre l’auto-affection de la Vie absolue qui s’apporte elle-même en soi et celle de l’ego, donné à lui-même sans y être pour rien et qui est « submergé par l’hyperpuissance de la vie », parce qu’en fait il n’y a qu’une auto-affection, celle de la Vie absolue. D’où la situation paradoxale de l’ego qui n’existe point par soi : « Celui qui aura trouvé la vie pour lui la perdra et celui qui aura perdu la vie à cause de moi la trouvera »

XII – La Parole de Dieu. Les Écritures
Ce chapitre revient sur ce qui a été écarté au début – fiabilité des textes du Nouveau testament, histoire etc. – et traite de ce dernier paradoxe : les Écritures revendiquant la transmission de la Parole de Dieu, comment surmonter la carence ontologique du langage ? En réalité, il faut distinguer la parole humaine de cette autre Parole qui ne comprend ni signifiant ni signifié, ne vient pas d’un locuteur, est antérieure à tout interlocuteur et qui nous permet de comprendre les Écritures. Car la parole humaine doit prendre appui sur le langage qui ne peut dire la chose que s’il la donne à voir, relève de la vérité du monde et crée un écart avec ce qu’il désigne. Cette parole est incapable de nous mettre en rapport avec la Vie qui ne se montre dans aucun dehors, exclut l’irréalité et ne connaît que la plénitude du vivre.
Comment la Parole divine révèle-t-elle et que dit-elle ? Elle est Logos de Vie, se révèle elle-même dans sa phénoménalité pathétique et ne révèle rien d’autre. Elle ne soutient aucune référence aux choses de ce monde, elle n’est pas action mais génération qui est auto-génération. Elle parle au commencement dans ce Logos qui est auto-révélation comme Parole. Elle est amour et dit à chaque vivant sa propre vie, « j’entends à jamais le bruit de ma naissance ». Car ce n’est pas la Parole des Écritures qui nous donne à entendre la Parole de la Vie, c’est elle en nous engendrant qui réalise sa propre vérité.
Pourquoi le Christ a-t-il dit cela dans une parole d’homme ? A cause de l’oubli par ce dernier de la condition de Fils, car l’essence phénoménologique de la vie « est le plus grand Oubli, l’Immémorial auquel aucune pensée ne conduit [ ] Seul le Dieu peut nous faire croire en lui, mais il habite notre propre chair.. »

XIII – Le Christianisme et le monde
L’objection majeure faite au Christianisme de détourner l’homme de ce monde est ici balayée. Ce reproche a été notamment formulé par le jeune Hegel avec sa critique de « la belle âme » qui brise la réalité en un invisible qui est pur vide, opposé à la réalité visible. C’est oublier que le Christianisme n’a rien de vaporeux, la seule réalité pour lui est la vie. Et c’est parce que la vie est invisible que la réalité l’est également : faim, souffrance, plaisir, angoisse, ennui, ivresse s’éprouvent hors monde. L’éthique chrétienne se fonde sur l’agir qui constitue l’action effective, non un processus objectif mais un « je peux » individuel, édifiant dans l’invisible. Loin de méconnaître la vérité du monde, le Christianisme la circonscrit. Il constitue la voie d’accès qui conduit à ce qui est réel dans le monde et qui ne doit rien à l’apparaître de celui-ci. M.H. cite à l’appui l’analyse de Marx sur le travail vivant, invisible, subjectif, individuel, qui fait la preuve de l’invisibilité de la vie.
Quant à la question d’autrui, elle doit être également soustraite à cette erreur : concevoir le rapport à autrui comme rapport à un être situé dans le monde, individu empirique porteur de caractères mondains. Autrui est un autre moi, il est Fils de Dieu et sa généalogie humaine n’a pas lieu d’être. L’autodonation de la Vie est identique en chacun. La relation à un moi quelconque présuppose notre relation avec le pouvoir qui l’a joint à lui-même. Avec cette conséquence pour l’éthique : aimer Dieu, aimer le prochain comme soi-même.
Car c’est une erreur de la philosophie moderne de penser la relation à autrui à partir de l’ego que je suis : il faut partir de la possibilité des « ego » en général, celle d’un Soi transcendantal tenant son ipséité de l’Ipséité de la Vie absolue, la relation entre les « ego » doit le céder à la relation entre les Fils, la Vie est être-en-commun.

Conclusion : Le Christianisme et le monde moderne
La pensée moderne repose sur le renforcement de l’approche traditionnelle selon laquelle l’homme est lié à la connaissance que nous pouvons en avoir, connaissance conçue comme scientifique et non comme accès de l’homme à sa propre essence. Dans le champ ouvert par la science moderne, l’homme en tant que tel n’existe pas, négation qui équivaut à celle de Dieu - réductionnisme non voulu par la science mais inévitable et effectif.
La défense de l’homme véritable, transcendantal, est la tâche de la philosophie mais la pensée moderne l’a trop oublié. Que reste-t-il de l’homme hors de la Vérité de la Vie, dans la vérité du monde, ce monde qui aujourd’hui est d’une certaine façon l’Anti-Christ et dont l’agir est réduit à la technique, faisant de l’homme un automate ? Toutefois « les hommes voudront mourir – mais non la Vie. »

Texte : présentation de C'est moi la Vérité de Michel Henry, issue du site qui lui est consacré par l' UCL. 
Illustrations de cet article : oeuvres de Robert Empain.



mardi 24 mai 2016

Pas un livre, mais une révélation. Pas une référence, mais un ami intime. Pas une thèse, mais un chant.


Grâce à Thierry Berlanda, lecteur de Ad Imaginem Dei *




Ad Imagine Dei 1  L'oeuvre invisible


Ce titre d’apparence canonique est celui d’un livre du peintre, penseur et poète Robert Empain. 
Cela dit, est-ce vraiment un livre ?  Et est-il vraiment canonique ? Deux fois non. 
Ce recueil de pensées, d’aventures et de prières est plus grand qu’un livre, plus sauvage aussi. Il n’est pas un objet à classer sur un rayonnage de bibliothèque : il fait partie de nous, présent dans nos cœurs bien avant même qu’il n’ait été écrit. Pas un livre donc, mais une révélation. Pas une référence, mais un ami intime. Pas une thèse, mais un chant.
Dans cette pérégrination tout autant rafraîchissante que brûlante (sa nouveauté nous brûle, à vrai dire, et sa brûlure nous renouvelle), nous suivons Robert Empain pas à pas, débonnaire, fervent, parfois en colère, mais d’abord et finalement scintillant de sa confiance en Dieu. Ici il visite Venise ou Florence, à contretemps des hordes de touristes, là l’Espagne, le sud de la France ou les Etats-Unis ; chaque fois l’occasion de rencontres, agréables ou déchirantes, et d’études lumineuses, non seulement de peintres, (ses évocations de Picasso, de Dali, de Cézanne, de Matisse, entre vingt autres, sont inouïes), mais aussi d’écrivains, de sculpteurs (son Cellini est sublime) ou de philosophes (Jung notamment, si l’on veut bien admettre ce génie, injustement réprouvé, parmi les philosophes).
Chaque fois, où qu’on le suive, où qu’il nous accompagne, Robert Empain agit et parle avec justesse, mais pas comme un sage en position de surplomb, jugeant et déjugeant, encapsulé dans ses certitudes, mais comme un homme parmi les autres, amoureux, enthousiaste, sagace comme pas deux, parfois frappé durement, mais se relevant toujours pour rendre grâce, sachant qu’il n’est pour rien dans le don qu’il reçoit, dans le don qu’il est, comme vous et moi, d’être miraculeusement vivant.
Ce livre, d’une profondeur et d’une beauté de volcan, n’est pas encore publié. Or aucun véritable éditeur, s’il en reste, ne peut laisser filer un tel OVNI, chant d’amour et gisement d’intelligence pure, sans tenter avec lui une rencontre du troisième type. Ici, nous n’aurons de cesse de favoriser cette rencontre. Et pas dans l’intérêt de Robert Empain, qui ne s’en soucie pas, mais dans celui de tous ses lecteurs potentiels : c’est-à-dire tout homme ayant un cœur, ce qui nous fait encore un assez grand nombre.
* A l’image de Dieu

Ad imaginem Dei, premier tome: L'oeuvre Invisible, de Robert Empain, est une recension de ses rencontres, artistiques, intellectuelles, spirituelles ou simplement amicales et/ou amoureuses.

Thierry Berlanda est philosophe, écrivain, romancier, chanteur et proche ami du Vivant